Le parquet de Sarreguemines a rendu son réquisitoire définitif dans l'affaire Lomoro. L'épouse du disparu de Folkling est renvoyée devant la Cour d'assises de Metz pour «assassinat». Sa fille, par contre, comparaîtra devant le tribunal pour enfants.
Il y a des témoignages, des aveux, des supputations, des particules de poudre et quelques traces d'ADN... Mais pas l'ombre d'un corps calciné, ni d'une arme à feu. Raphaël Lomoro s'est évanoui dans la nature, entre Roissy-Charles-de-Gaule et Folkling. Son épouse, Simone Glapa, est renvoyée devant la cour d'assises de Metz, accusée de l'avoir assassiné et fait disparaître le 15 décembre 2006. Sa fille, qui était âgée de 17 ans au moment des faits, comparaîtra devant le tribunal pour enfants pour avoir été témoin du crime et avoir fait «obstacle à la manifestation de la vérité». Mais pas pour complicité.
Une décision contre laquelle la famille de Raphaël Lomoro a interjeté appel devant la chambre de l'instruction qui se réunira le 24 septembre. Les frères et s½urs de la victime réclament que mère et fille se présentent côte à côte devant la justice. La fratrie est persuadée que la jeune fille ne pouvait ignorer les desseins de sa mère lorsque toutes deux sont parties à Paris récupérer Raphaël Lomoro à sa descente d'avion. Celui-ci revient de Madagascar, où il s'est lancé dans la plantation de vanille, lorsqu'il touche le sol français pour passer les fêtes de fin d'année en famille.
Ni arme, ni cadavre
Il retrouve sa fille et son épouse dans le courant de la matinée. Il monte dans le Renault Espace de sa femme, s'installe à l'arrière et s'assoupit. A une centaine de kilomètres de Paris, Simone Glapa bifurque sur une aire de repos, se gare à l'abri des regards, déboucle sa ceinture, prend l'arme cachée sous son siège, se retourne, pose le canon sur la tempe de Raphaël Lomoro et appuie sur la détente. Du sang éclabousse les sièges. Simone Glapa reprend sa position. Repart vers Folkling où, dans le jardin de la maison familiale construite rue des Près, elle brûlera le cadavre de son époux.
Un scénario dont ne dévieront pas les deux accusées, mais dont les parties civiles doutent depuis le début de l'affaire. En l'absence du corps et de l'arme, qui aurait été jetée aux ordures, la famille Lomoro voudrait, au moins, que les versions de Simone Glapa et de sa fille puissent être confrontées devant la cour d'assises. «Pour l'instant, la fille n'est pas partie prenante de l'assassinat, a déclaré, hier, Me Martial Gagneux, avocat de la partie civile. Or, nous soutenons qu'elle n'a pas pu méconnaître les intentions de sa mère. Pour nous, elle l'a forcément aidée. Elle est donc complice. C'est pour cela que nous demandons son renvoi devant la cour d'assises et non devant le tribunal pour enfant.»
Du côté de la défense, le scénario de Simone Glapa tient la route. Me Dominique Rondu entend d'ailleurs plaider la requalification des faits d'assassinat en «meurtre», à la fin des débats d'assises : «Pour nous, tout concorde. Lors des reconstitutions, ma cliente a refait les gestes et a validé ses déclarations. De plus, dans le dossier, rien ne dit qu'il y a eu préméditation. Pour cette raison, je demanderai la qualification de «meurtre». L'issue ? Procès et réponses en février-mars 2010